Vian - L'écume des jours / ou quand l'horreur se transforme en poésie

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Avant propos de Boris Vian:
"Dans la vie, l'essentiel est de porter sur tout des jugements à priori. Il apparaît, en effet, que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d'en déduire des règles de conduite : elles ne doivent pas avoir besoin d'être formulées pour qu'on les suive. Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, et les quelques pages de démonstration qui suivent tirent toute leur force du fait que l'histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. Sa réalisation matérielle proprement dite consiste essentiellement en une projection de le réalité, en atmosphère biaise et chauffée, sur un plan de référence irrégulièrement ondulé et présentant de la distorsion. On le voit, c'est un procédé avouable s'il en fut."
Lorsqu’on lit l’Ecume des jours, sans en être averti, il peut nous arriver de relire certains passages, on croit les comprendre de travers. Puis au fil des pages nombres d’éléments merveilleux s’accumulent, constituant en partie la poésie de l’ouvrage. Ces éléments rendent compte de la tournure inéluctable de l’histoire, et appuient une réalité souvent médiocre. Non, nous n’avons pas imaginer cette souris qui pense et ces armes qui naissent de la terre au contact de la chaleur humaine, au milieu de la richesse et de la diversité du langage que nous donne à lire Vian.
Dommage d’être si étonné par le caractère merveilleux de l’écume des jours, accoutumés à lire des écrit sromancés tintés seulement de réalité conventionnelle. Mettons un peu de poésie dans nos vies, lisons Vian.
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Nysaea.
« Prose du bonheur et d’Elsa » Aragon
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Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre.
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant.
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre.
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
J'ai tout appris de toi sur les choses humaines.
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon.
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines.
Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson.
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens de frisson.
J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne.
Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne.
Tu m'as pris par la main, dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux.
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.
Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes.
N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe.
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.
Louis Aragon, Le roman inachevé
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"Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes."
Je trouve ce ver magnifique; je ne sais pas - comme le dit Aragon - si le bonheur existe; depuis déjà quelques temps que j'y avais réfléchi et je le mettais au rang d'idéal. L'Homme reste un être insatiable et n'arrivera jamais à se contenter de ce qu'il a et surtout de qui il est.
La beauté, la mélancolie et donc en quelque sorte l'humanité de l'homme qui a conscience, présentement, que son bonheur n'est pas à porté de main, et qui espère paradoxalement toujours s'en rapprocher ou l'atteindre, réside dans cette image.
Nysaea
Une nouvelle ère, pas si révolue.
Ce grand homme se nomme John Howard Griffin, né en 1920 à Dallas (Texas). Il se destine à une carrière de psychiatre. Il s'interesse à la musicologie (c'est l'étude de la relation entre la musique en rapport avec l'évolution de l'être humain et de la société) il entreprendra des recherches historiques en France sur les Bénédictins de Solesmes (l'ordre de St Benoit). Il fait la guerre en 1940 dans le Pacifique, et est serieusement bléssé à deux reprises. En 1947, il retourne aux USA où il continue ses études de philosophie et de théologie avant de devenir écrivain. Il meurt en 1980.
L'important, ici est de savoir qu'il s'interessait au cas de la ségrégation de son époque. C'est alors qu'il entreprit d'entrer dans un veritable combat contre les discriminations raciales.
Il savait qu'il ne pourrait connaitre les verités de ces discriminations sans lui même les vivre. Il Decida donc avec l'aide et le suivis de medecins de teindre sa peau en noir grace a des UV à outrance (photo) et des teintures.
Il prend alors des risques pendant 6 semaines dans le Sud des Etats-Unis très raciste en 1959 ou débute son aventure, comparant le comportement des blancs lorsqu'il est blanc, puis noir; et comprenant la méfiance des noirs.
Apres ces six semaines, il témoigna des discriminations et atrocités morales et physique infligées aux "Noirs du Sud". Griffin fut menacé dans son village qu'il dû faire quitter à sa famille et par de nombreux co-citoyens. Son récit prit une telle ampleur qu'il le fit connaitre aux journaux, aux radios et aux télévisions du monde entier.
Dans la peau d'un Noir, en plus d'être un véritable témoignage, ce qui en accentue les ressentis que nous donne a connaitre l'auteur, est bouleversant. Comment l'homme a-t-il pu et malheureusement peut-il encore affirmer une superiorité et difference de race, se deshumanisant lui même dans sa crétinerie?
Voici des extraits-forts que j'ai relévé:
"Eteignant toutes les lumières, jallais dans la salle de bains où je m'enfermais. Dans l'obscurité je restais planté devant le miroir, ma main sur le bouton d'électricité. je m'obligerai à le tourner. Dans un flot de lumière reflété par le carrelage blanc, le visage et les épaules d'un inconnu - un Noir farouche, chauve, très foncé - me fixait avec intensité dans le miroir. Il ne me ressemblait en aucune façon. La transformation était complète et bouleversante. Je m'attendais à me trouver déguisé, ceci était tout autre chose. J'étais emprisonné dans le corps d'un parfait étranger, peu attirant et à qui je ne me sentais lié en rien. Tout ce qui pouvait subsister du John Griffin antérieur était anéanti. Ma personnalité elle-même subissait une métamorphose tellement totale que j'en éprouvais une détresse profonde. Je regardais dans le miroir qui ne reflétait rien du passé de John Griffin, homme blanc. Non, cette image était un retour à l'Afrique, aux masures et au ghetto, aux luttes stériles contre l'anathème noir. Tout à coup, sans presque aucune préparation mentale, sans indications préalables, cela m'apparut évident et m'imprégna entièrement. Ma tendance naturelle fut de lutter contre cela. J'avais été trop loin. Je savais maintenant qu'il ne peut être question d'un homme blanc déguisé lorsque le maquillage foncé ne peut être enlevé. L'homme teint est intégralement un Noir, qui qu'il ait pu être auparavant. J'étais un Noir de fraîche date qui devait franchir cette porte et vivre dans un univers qui m'était étranger."
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"Toutes les manifestations de politesse du monde n'arrivent pas à dissimuler l'impolitesse essentielle et fondamentale que le Noir n'est même pas traité comme un citoyen de deuxième ordre, mais seulement de dixième ordre. Jour après our, sa condition inférieure s'impose à lui dans sa vie quotidienne. Il ne s'habitue pas à ses choses - les refus polis qu'il essuie lorsqu'il est en quête d'un emploi meilleur; s'entendre qualifier de nègre, coon, jigaboo, pouvoir seulement utiliser les toilettes et entrer dans les restaurants déterminés. Chaque nouvelle interdiction touche le point sensible, agrandit la plaie."
Il ne reste qu'à vous d'en découvrir la suite !
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Pour terminer sur la même lignée, je vous propose un poème de Léopold Sédar Senghor, poète, écrivain, et homme politique sénégalais. Il a été le premier président du Sénégal (1960 - 1980) et fut aussi le premier Africain à siéger à l'Académie française. En 1982, il a été l'un des fondateurs de "l'Association France et pays en voie de développement".
Sa conception de la négritude:
« la Négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c’est là une réalité : un nœud de réalités » (Liberté 11, Négritude et Humanisme, p. 9).
La poésie de Senghor, essentiellement symboliste, fondée sur le chant de la parole incantatoire, est construite sur l'espoir de créer une Civilisation de l'Universel, fédérant les traditions par delà leurs différences. Senghor a estimé que le langage symbolique de la poésie pouvait constituer les bases de ce projet. En 1978, Senghor reçut le prix mondial Cino Del Duca.
Et voici un poème bien trouvé, qui avec humour nous force a refléchir.
Poème à mon frère blanc
Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.
Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?
Nysaea.






