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Entre rires et pleurs

C’est en traversant le Quai de Valmy que nous nous retrouvons devant l’espace Jemmapes ; théâtre dédié pour ces quelques représentations à la troupe du Carrozzone Teatro ; à la rencontre de La Naïve, création du jeune dramaturge et comédien Fabio Marra.

Installés confortablement, on ne tarde pas à entendre un air déjà entendu, nous plongeant dans une atmosphère d’une Italie traditionnelle. Où l’on s’imagine bien à table, manger des tagliatelles, entourés de la typique Familia. Sous la lumière tamisée, conviviale, on a presque envie de saluer son voisin qui peut bien avoir 7 ou 77 ans. Toutes les générations sont réunies. On s’attend à des couleurs chaudes, on a envie  d’être entraînés dans un univers haut en couleur. Le rideau se lève, le silence se fait dans la salle, on regarde Anna, notre belle petite tisseuse, on sait que c’est elle la Naïve, elle le porte sur son visage comme un masque. Assise seule, à une simple table, dans un univers plutôt morne et pauvre réduit presque au strict minimum, elle se livre à la seule tache qui permet à sa famille de subsister, la couture.

Nous voyons passer sous nos yeux des tranches de vie quotidiennes mêlées aux comportements burlesques voire totalement farcesques de certains personnages dans ce petit appartement d’un quartier populaire. Le couple que forme Anna et Frédérico paraît modèle, simple, sans grande ambition. Il espère en un avenir plus prospère. Mais pour cela ne faudrait-il pas trouver ne serait-ce qu’un petit travail Frédérico ?

Au milieu de cette situation qui nous apparaît assez difficile, surgit à tout moment des gags.  Le personnage du beau père Mr Gennaro , trop envahissant, ne rend vraiment pas la vie plus facile à Frédérico et ne manque pas de l’humilier dès qu’il le peut ! Il s’amuse à vendre les vêtements de son gendre, à boire tout son café, situations auxquelles le public ne manque pas de rire ! Mais la situation ne s’arrange pas, ce sont maintenant les personnages du frère Stefano et de sa femme Sofia qui viennent vivre sous le toit de notre charmant trio. Ceux-ci ne s’y gênent guère, chassés de leur maison, sans un sous, ils n’allègent pas le pauvre moral de Frédérico, à bout de nerfs. Hélas nous sommes bien loin du compte, peu à peu on découvre que Frédérico et Sofia cachent leur relation, pauvre Anna. Ce qu’ils ne tarderons pas à apprendre est que cette dernière attend un enfant. Puis c’est au tour de la meilleure amie d’Anna de s’en mêler, femme libre, mademoiselle qui sait tout ! Chaque personnage mène ses propres stratagèmes pour arriver à ce qu’il veut. Seule la pauvre Naïve, se laisse entraîner dans ce tourbillon de mensonges. La fin en dit bien long.

Histoires de tromperies, envahissement, mal être, égoïsme et monotonie…On ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi dramatique, mais plutôt à un bon canevas de comédia dell’arte. Non ! Celui-ci tend vers un plus grand réalisme, une espèce de tragi-comédie, où le rire est la meilleur arme.

On ne s’ennuie pas, et on se prend au jeu, on serait presque surpris de tout ce qui arrive. De rebondissements en rebondissements, de farces en farces, on s’arrête devant ces personnages qui nous touche, nous font rire, nous attriste, ou nous révulse presque. Les personnages sont de véritables taches de couleur qui animent cette scène morte. 

On retiendra la performance de Fabio Mara en Mr Gennaro, qui heureusement est là pour nous faire rire, mais aussi celle de Sonia Palau en Anna, qui se retrouve seule face à la cruauté de son mari et nous livre ses sentiments les plus douloureux. De nos jours, pouvons nous encore faire aveuglement confiance en notre prochain comme Anna le fait ? Elle nous y donne vraiment envie malgré tout. C’est à travers chaque personnage, que nous percevons un aspect différent du monde, cocasse ou grinçant. Fabio Marra a su avec finesse mêler drame et comédie farcesque, on ne saurait les dissocier pour notre plus grand plaisir.