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Tous redevenus de grands enfants

 

Qui ?  depuis ses premiers pas vers le théâtre n’a jamais entendu parler de Peter Brook et de son célèbre espace vide dédié à la performance de l’acteur ? Ce soir, au théâtre des Bouffes du Nord, nous assistons à Une Flûte Enchantée, d’après le célèbre opéra de Mozart. Tout le monde attend le second air de la Reine de la Nuit, et sa célèbre succession de notes très aiguës. La foule pressée entre peu à peu dans le théâtre ; heureuse de s’y installer, elle inspecte les lieux à l’aspect plutôt baroque, dans un mélange entre l’ancien et le nouveau. Nous sentons presque les fantômes de grands noms du théâtre qui rôdent autour de nous (Lugné-Poe, Armand Bernard pour ne citer qu'eux...).

 

Brook vers la fin des années 1950 a en quelque sorte abandonné l’Opéra, dans une haine absolue de cette forme figée. S’il met en scène aujourd’hui des opéras c’est en les adaptant pour que se forme une relation plus directe entre le public et les chanteurs, la musique. Oublions donc ces mises en scène traditionnelles : grandioses de riches et gigantesques décors, de somptueux costumes ; pour rester dans un théâtre plus terre à terre mais non sans magie.

En effet, la scène du théâtre des Bouffes du Nord est plutôt dépouillée, seuls un simple piano et des tiges de bambou y trônent. Mais les tons sont chauds, les murs rougeâtres renforcent notre sensation première d’un lieu qui a vieilli et qui nous livre son histoire. Il y a même quelques spectateurs à la frontière de la scène, assis sur des coussins. Où disons plutôt que tout le théâtre se fait scène. Au tout devant de celle-ci nous apercevons un petit objet filiforme que nous apprendrons être cette fameuse flûte enchantée semblant délimiter l’espace de la scène jusqu’à ce qu’un chanteur la prenne ; forme de métaphore rapprochant public et chanteurs ; nous faisons parti du spectacle.

 

Silence, le pianiste entre en scène. Les chanteurs ne tardent pas. Ce sont dans des costumes sobres, qu’ils nous chanterons en allemand cette histoire d’amour entre Tamino et Pamina. L’adaptation de l’Opéra ne dure qu’ 1h40 sans entracte et est réduite à son strict minimum, où plutôt à son essence même. Pamina, fille de la « mauvaise » Reine de la Nuit est retenue prisonnière des mains de Sarastro ; détenteur des pouvoirs de son père. Tamino, épris d’amour pour Pamina s’engage à la secourir ; la « méchante » Reine, pour l’aider, lui offre une flûte enchantée, aux pouvoirs magiques ! Il est accompagné du peureux Papageno, qui, personnage immanquablement comique, semble attiré par les choses simples de la vie ; et est aussi à la recherche d’une femme à aimer, sa Papagena. La rencontre de ces deux derniers est enfantine et rend le public presque hilare mené par la surprise (pourtant logique) de voir qu’ils sont habillés identiquement.

 

Si le chant est en allemand, il nous ravi. Mais nous sommes malheureusement obligés de décrocher nos yeux de la scène pour suivre les surtitrages qui nous aident à garder le fil. Les chanteurs sont aussi comédiens, leur jeu est proche du spectateur. Le texte se veut moderne et simple. On les regarde, les écoute, comme de petits enfants émerveillés ; on sourit, on rit, on est captivé.

La Reine de la Nuit et notamment Tamino ont un charisme fou et nous immergent dans cette espèce de Conte pour enfant où tout est à porté de main, tout est familier. Le second air de la Reine de la nuit nous donne des frissons, elle chante sa souffrance, et demande à sa fille de tuer Sarastro, si elle ne le fait pas elle sera reniée. Mais Pamina et Tamino ont décidé de suivre la voie ouverte par Sarastro, celle d’une certaine sagesse, pour pouvoir se retrouver enfin ensemble.

 

Sur scène, nous n’avons pas besoin de plus que ces tiges de bambou qui au fur et à mesure (bougées par des comédiens) délimitent les espaces, ainsi que ces tapis et écharpes, chers à Peter Brook. Nous n’avons même pas besoin d’une vrai flûte ou d’un vrai poignard. Les jeux d’ombres et de lumière font le reste pour nous ensevelir au fin fond  de l’œuvre, dont il se dégage tendresse, magie et humanité profonde.

Ici, nous ne voyons plus l’utilité de tout un orchestre, de décors et costumes sublimes pour entendre l’essence même d’un opéra de Mozart et sa magie. Brook nous le démontre avec tout son savoir faire et son amour du spectacle.

Lorsque tous, chanteurs/comédiens, venus de divers horizons, se retrouvent sur scène, nous n’avons qu’une envie, les applaudir.

 

Une Flûte Enchantée, adaptation du célèbre Opéra de Mozart, mis en scène part Peter Brook jusqu’au 31 Décembre au Théâtre des Bouffes du Nord.