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  Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre.
  Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant.
  Que cette heure arrêtée au cadran de la montre.
  Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

  J'ai tout appris de toi sur les choses humaines.
  Et j'ai vu désormais le monde à ta façon.
  J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
  Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines.
  Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson.
  J'ai tout appris de toi jusqu'au sens de frisson.

  J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne.
  Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu
  Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne.
  Tu m'as pris par la main, dans cet enfer moderne
  Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux.
  Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

  Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes.
  N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue
  Une corde brisée aux doigts du guitariste
  Et pourtant je vous dis que le bonheur existe.
  Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
  Terre, terre, voici ses rades inconnues.

  Louis Aragon, Le roman inachevé

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"Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes."

Je trouve ce ver magnifique; je ne sais pas - comme le dit Aragon - si le bonheur existe; depuis déjà quelques temps que j'y avais réfléchi et je le mettais au rang d'idéal. L'Homme reste un être insatiable et n'arrivera jamais à se contenter de ce qu'il a et surtout de qui il est. 

La beauté, la mélancolie et donc en quelque sorte l'humanité de l'homme qui a conscience, présentement, que son bonheur n'est pas à porté de main, et qui espère paradoxalement toujours s'en rapprocher ou l'atteindre, réside dans cette image.

 

Nysaea