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« C’est long, ça s’éternise… » 

 

Avec Le Mardi à Monoprix, on est pas déçu. Bien sûr on ne s’attendait pas à ce qu’un merveilleux texte éclate à nos oreilles avec un titre pareil. Certes, le Mardi à Monoprix c’est le jour où notre Marie-Pierre va rendre visite à son grognon de père. Elle ne veut pas le laisser seul depuis la mort de sa mère. Le petit problème de Marie-Pierre, c’est qu’il y à quelques années il était Jean-Pierre ; et ça évidemment ça ne pardonne pas. Un texte truffé de bons sentiments. Oui, après tout, c’est vrai, on s’indigne un peu, on aime bien Marie-Pierre. Marie-Pierre est vraiment une belle femme. De ce coté là Jean-Claude Dreyfus à fait fort, on ne voit pas un homme déguisé mais une vraie femme. On regarde cette femme à l’allure trapue, dans sa petite robe à « fleufleurs » trouvée sur les marchés de province comme le souligne bien son interprète. Maquillée, regard de braise, sortant de chez le coiffeur, pomponnée, femme jusqu’aux bout de ses ongles écarlates, elle nous berce de sa plus douce voix. Peut-être un peu trop. Parce qu’au delà de ce superbe travestissement, de la si fine approche de Jean-Claude Dreyfus, qui retrouve son dada d’antan, on s’ennuie sur les répétitions excessives et les longueurs d’un texte porté malencontreusement au théâtre. Oui, nous savons combien il peut être difficile de faire face à l’incompréhension de la société, et encore plus de proche. L’exclusion, les regards intrusifs et dégradant que l’on vous porte. En quelques mots, le lot quotidien de notre pauvre Marie-Pierre. On l’entend nous raconter  le petit ménage qu’elle fait pour son père, parce qu’elle l’aime son père ! Le refus de celui-ci à accepter sa nouvelle identité, les nombreuses courses à Monoprix, se répétant malheureusement pas inlassablement. Encore et encore, toujours et toujours, la même chose, la même note bien que parfois on se laisserait aller à l’écouter, cette pauvre Marie-Pierre. Nous sommes bien loin de l’énergie d’une Mrs Doubtfire qu’on aurait largement préféré! On regarde son voisin de salle (probablement au dessus de la cinquantaine), aussi distrait que vous même, puis le regard se reporte sur les étranges mimiques du personnage. S’il est vrai que Jean-Claude Dreyfus est entré formidablement dans ce corps très féminin, il a tendance parfois à en faire un peu trop. Un petit pas par-ci, un autre par-là, je piétine, je mime, regardez moi ! regardez moi ! hop je met mes belles mains en l’air et vous montre où je vais !

 

Vis à vis du texte, ce n’est pas à proprement dire une pièce de théâtre, mais un one-man/woman show non assumé. Le seul réel intérêt est la performance de l’acteur. Heureusement, quelques surprises, nous sourions de temps en temps. Marie-Pierre au Monoprix flashant sur ce beau vigil noir, ou bien encore, Marie-Pierre présentant un concombre ou bien un melon comme objet sexuel. Finalement, ce dont on ricane, c’est plus d’une espèce de décalage (lorsque Marie-Pierre imite son père et qu’elle passe d’une voix à une autre) que d’une gène qu’on pourrait éprouver pour cet être qui souffre. Autour de Marie-Pierre, - et il y a du budget - le décors est plutôt lumineux et scintillant sous les rideaux en fils, un tabouret perchoir, du plastique blanc, nous rappelant le coté soirée travestie d’un certain milieu cabaret. C’est vrai que nous sommes bien au théâtre ouvert, à deux pas du Moulin Rouge, quel meilleur endroit ? On devine facilement que notre héroïne terminera sa vie prostituée. Evidemment, aucun autre avenir logique pour un travesti que de terminer sur les trottoirs de Pigale!

 

C’est vrai que le pathos n’est pas présent et Dieu merci, mais on aurait bien voulu voir une Marie-Pierre nous dévoiler un peu plus sa faille vers la fin. En bref comme le texte, je vais me répéter, et le personnage se l’exclame si joliment « C’est long, ça s’éternise… » et comment.. on aurait pas mieux dit. Par moment on se réveille au son de la contrebasse qui ponctue le dialogue du personnage central. On s’attarde sur lui, et on en oublie Marie-Pierre. Mais que fait donc ce jeune contrebassiste, de blanc vêtue, façon cabaret à la droite de Marie-Pierre ? Ponctuer, suivre, raconter le texte. Pourquoi pas, cela rajoute un peu d’intérêt pour les peut-être amateurs de musique se trouvant dans le public ? Autre chose dont on ne saisit pas bien l’intérêt est ce petit hymne chantant que nous offre notre cher Jean-Claude Dreyfus. A présent nous connaissons l’attrait qu’il porte au chant, et que sa voix, ma foi, n’est pas si désagréable. La fin est esthétiquement très surprenante… On a le droit à une espèce de mauvais remake à la David Lynch, on veut donner l’impression qu’on est dans un mauvais et sombre rêve, où le personnage souffrant se réduit à néant, que tout se désagrège. Où est la logique ?  Mais non ce n’est pas encore fini… On apprend, avec grande surprise que oui, maintenant Marie-Pierre se prostitue, la contrebasse se fait larmoyante, Marie-Pierre meurt. Une foule d’applaudissement pour un acteur renommé, qui tout de même passe mieux en travesti que dans les pubs Marie.