Voici une partie du monologue de Suzanne de Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce.

[...]

C'est étrange,
je voulais être heureuse et l'être avec toi
- on se dit ça, on se prépare -
et je te fais des reproches et tu m'écoutes,
tu sembles m'écouter sans m'interrompre.

J'habite toujours ici avec elle.
Antoine et Catherine, avec les enfants
- je suis la marraine de Louis -
ont une petite maison, pavillon, j'allais rectifier,
je ne sais pas pourquoi tu dois aimer (ce que je pense)
tu dois aimer ces légères nuances, petite maison, bon,
comme bien d'autres, à quelques kilomètres de nous, par là, vers la piscine découverte omnisports,
tu prends le bus 9 et ensuite le bus 62 et ensuite tu dois marcher encore un peu.
C'est bien, cela ne me plait pas, je n'y vais jamais mais c'est bien.
Je ne sais pas pourquoi,
je parle,
et cela me donne presque envie de pleurer,
tout ça,
que Antoine habite près de la piscine.
Non, ce n'est pas bien,
c'est un quartier plutôt laid, ils reconstruisent mais cela ne peut pas s'arranger,
je n'aime pas du tout l'endroit où il habite, c'est loin,
je n'aime pas,
ils viennent toujours ici et nous n'allons jamais là-bas.
Ces cartes postales, tu aurais pu mieux les choisir, je ne sais pas, je les aurais collées au mur, j'aurais pu les montrer aux autres filles!
Bon. Ce n'est rien.
[...]